Rouen a retrouvé un de ses joyaux
Il s'agissait de traités de médecine, De humani corporis fabrica libri septem (1543) et Anatomes totius (1564), de l'anatomiste André Vésale, estimés à 1,5 million et 850.000 €, et des Œuvres du maître barbier-chirurgien Ambroise Paré, qui remontent à 1575 et valent près de 40.000 €.
25 ans plus tard, les ouvrages ont été retrouvés à Grenoble .
André Vésale, De humani corporis fabrica / Domaine public
André Vésale est un révolutionnaire de l'anatomie. Né en 1514 à Bruxelles au sein d'une famille de médecins, il trouve naturellement sa vocation dès l'enfance. À Paris, il étudie notamment auprès de l’anatomiste Jacobus Sylvius (Jacques Dubois) qui transmet à ses élèves le savoir hérité des textes de Claude Galien.
André Vésale , en actualisera des connaissances plus que millénaires.
Il s'appuie sur ses propres observations au cours des dissections qu'il opère, ce qui lui permet de corriger plus de 200 erreurs de Galien. Il rassemble tout son savoir dans De humani corporis fabrica.
Les illustrations rassemblées dans cet ouvrage sont complexes et précises.. Elles sont attribuées à plusieurs artistes, dont Vésale lui-même, Jan Calcar, des membres de l'école du Titien, voire du Titien lui-même, et finissent de construire la réputation de ce livre classique de la culture occidentale.
Prothèses de jambes selon Ambroise Paré - 1575/ Domaine public
Ambroise Paré n'a pas l'ampleur scientifique d'un Vésale. Issu d'un milieu très modeste, il fut formé au métier de barbier-chirurgien, qui n'est pas considéré comme un médecin à l'époque. .Il sert ainsi comme maître barbier-chirurgien sur les champs de bataille pendant 18 ans. Il y développe quelques techniques d'opération et de pansement révolutionnaires, ce qui lui vaudra de devenir un des médecins du roi.
Ne parlant pas latin, il n'avait pas accès aux mêmes savoirs que les médecins de son époque. Un mal pour un bien puisqu'il fut poussé à inventer ses propres pratiques à partir de ses connaissances empiriques, qui s'avéraient plus justes que celles consignées dans les textes. Il est à présent considéré comme un des pères de la chirurgie moderne.
André Vésale, De humani corporis fabrica / Domaine public
Les ouvrages de ces deux hommes d'exceptions rejoignent aujourd'hui le Musée Flaubert et d'histoire de la médecine de Rouen, après avoir disparu pendant 25 ans. Leur parcours à eux aussi n'est pas dénué d'intérêt. Publiés dans le courant du XVIe siècle, ils ont traversé l'histoire moderne jusqu'au 5 novembre 1998 quand ils sont dérobés lors d'un colloque à Rouen.
L'aventure aurait pu s'arrêter là, mais, en 2011, un employé du CHU de Grenoble les retrouve dans un carton posé à côté d'une benne à ordure et décide de les ramener chez lui, sans savoir le trésor qu'ils constituent. Une dizaine d'années plus tard, son fils contacte le musée des Sciences médicales du CHU qui alerte à son tour le musée de Rouen, spécialisé dans l'histoire de la médecine, auprès duquel les 3 ouvrages ont à présent retrouvé leur place.
Abdelkarim Belkassem
Les Œuvres d'Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien du roy, IVe édition, G. Buon, Paris, 1585.




