Les écrivains doivent-ils bénéficier de congés payés ?
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"Suite à "l’affaire Grasset", c’est la foire aux revendications. Certains auteurs à la peine en librairie, ont des envies de chaises longues et de subventions.
Le feuilleton dure depuis que Vincent Bolloré a démis Olivier Nora de ses fonctions de patron de Grasset. Certains auteurs se mobilisent pour faire valoir leurs droits.
L'un d'eux a milité en faveur d’un "statut social" pour les "artistes-auteurs" : "Nous n’avons toujours pas de congés payés en tant qu’artistes-auteurs. Nous n’avons pas de continuité de revenus, donc nous n’avons même pas la possibilité de toucher des indemnisations chômage, des indemnités en cas d’interruption de nos carrières. Pour réclamer des congés parentaux, c’est possible, mais c’est vraiment la croix et la bannière. En cas de burn-out – car les burn-out existent aussi chez les auteurs – eh bien pas de revenus ! Là c’est vraiment l’enfer qui s’ouvre sous les pieds des auteurs qui auraient pendant quelque temps lâché la rampe… Ce sont des situations qui nous paraissent un peu aberrantes au regard de la situation de l’ensemble des salariés."
Mais pourquoi la maison Grasset (tout juste à l’équilibre) et l’Etat français (bien endetté) devraient-ils entretenir indéfiniment quelqu’un qui n’intéresse pas les lecteurs ? La culture de l’assistanat n’épargne visiblement pas les "artistes-auteurs", alors qu’un écrivain digne de ce nom est par définition un esprit libre, élitiste même quand il est à découvert, cherchant dans l’existence autre chose que des arrêts maladie, des ruptures conventionnelles et autres congés de paternité.
Dans l’histoire littéraire, on ne compte pas les génies qui ont mangé de la vache enragée et ont dû trimer quand ils n’avaient pas la chance d’être rentiers ou soutenus par des protecteurs fidèles. Rappelons que le monde du livre est déjà sous perfusion (festivals et salons dans toutes les régions, pass Culture, résidences d’écriture parfois luxueuses type Villa Médicis, diverses bourses et aides à la création et à la traduction…).
Les écrivains doivent-ils devenir des intermittents du spectacle ? Si on envisage sérieusement ce scénario, quelles prestations pourraient-ils fournir auprès de France Travail en échange de l’ouverture de leurs droits ? Des missions d’écrivain public, comparables aux cachets d’un musicien ? Des lectures de poèmes devant des salles vides ? D'autres seuls en scène humoristiques ?
Ce qu’on appelle "l’affaire Grasset" n’est que l’arbre qui cache une forêt d’autres problèmes, dont le déclin très préoccupant du niveau de lecture, la hausse du marché de l’occasion et une baisse générale des ventes, y compris pour les vedettes.
Les "artistes-auteurs" sont avant tout préoccupés par leur précarisation. Certains demandent que, sur le camembert de la répartition des bénéfices de la vente d’un livre, leurs pourcentages soient revus à la hausse. Pourquoi pas, tant il est vrai que ceux-ci sont souvent bas. Mais au détriment de quel acteur de la chaîne du livre pourrait-on les augmenter ? Des diffuseurs-distributeurs (qui appartiennent aux gros groupes) ou des libraires (qui sont eux aussi très en difficulté) ?
Bon courage aux "artistes-auteurs" qui, dans leur croisade, vont avoir contre eux à la fois leurs éditeurs et les libraires qui sont censés les défendre…
Au fond, s’ils voulaient être cohérents, les révolutionnaires en quête de revenus devraient tous se mettre à l’autoédition, seule manière de leur garantir une indépendance totale et un pourcentage réévalué. C’est là encore une vue de l’esprit. Qui aura le cran de se lancer ? Il faudrait alors être entrepreneur, ce ne serait pas de tout repos, et les congés ne seraient pas pour tout de suite."
Extraits de l'Express, Louis-Henri de La Rochefoucauld, le 15/05/2026 newsletters
Abdelkarim Belkassem
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