Ossip Emilievitch Mandelstam, ses derniers jours
Lors du salon de Verneuil-sur-Avre (27) j'ai eu le grand plaisir de rencontrer Vénus Khoury-Ghata . Elle a remporté le prix de la biographie Geneviève Moll.
Vénus Khoury-Ghata, les membres du jury et la présidente de Lire à Verneuil . Photo PN
Vénus Khoury Ghata (°1937) est une poète et romancière franco-libanaise .
Son dernier roman biographique, "Les derniers jours de Mandelstam" Editions Mercure de France, ISBN : 9782715244030, se glisse dans la peau et la tête du poète russe né à Varsovie né le 15 janvier 1891 et mort, le 17 décembre 1938 dans un camp de déportation près de Vladivostok alors qu'il devait être transféré en Sibérie.
Pesanteur et tendresse, sœurs aux signes semblables,
Lourdes roses pour les guêpes et les mouches à miel.
L’homme agonise, la chaleur s’échappe du sable
Et sur de noirs brancards git le soleil d’hier.
La pierre est plus légère qu’à ma bouche ton nom.
Ô ! lourds rayons des ruches et vous tendres réseaux !
Je n’ai pour vivre désormais d’autre raison —
Ce beau souci, du temps surmonter le fardeau.
Je bois comme une eau noire l’air soudain troublé.
Le soc creuse le temps. La rose fut de terre
Et son lent tourbillon fit des couronnes doubles
Des lourdes tendres roses — tendresse et pesanteur.
Ossip Mandelstam
"Tristia et autres poèmes"
Ossip Emilievitch Mandelstam О́сип Эми́льевич Мандельшта́м était un homme mentalement malade, ombrageux, taciturne, indocile et insupportable. Il était devenu la bête noire de Staline sur lequel il avait écrit un 1933 , un poème le désigant comme "le montagnard du Caucase", "l'homme du Kremlin " , "l'assassin le mangeur d'hommes" avec "ses gros doigts comme des vers pleins de graisse"...Staline a réagi en l'arrêtant en 1934 et Mandelstam finira sa vie exilé, interné, affamé. Quelques amis l'aideront en le nourissant et en le logeant . Pasternak par exemple . Beaucoup d'autres dont Gorki, l'abandonneront .
Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays,
À dix pas nos paroles se sont évanouies,
Et si quelques mots quand même se forment,
C’est le montagnard du Kremlin qu’ils nomment.
Ses doigts, comme des vers, sont très gras et épais,
Et ses mots de cent pouds ne vous ratent jamais,
Ses moustaches de cafard semblent rire,
Et brillent ses bottes de tout leur cuir.
Autour de lui, un tas de chefs minces de cou,
Les sous-hommes zélés dont il joue et se joue.
Tel siffle, tel miaule, geint ou ronchonne,
Lui seul frappe du poing, tutoie et tonne,
En forgeant, tels des fers à cheval, ses décrets—
En plein front et dans l’œil, au ventre, où ça lui plaît !
Toute mise à mort lui est une fête,
Et de bomber sa poitrine d’Ossète.
Novembre 1933
C'est sa femme Nadejda Kazine Mandelstam Надежда Мандельштам (30.10.1899- 29.12.1980) , écrivain et pédagogue, qui le supportera (aux deux sens du terme ) et a fait publier son oeuvre. Elle a réhabilité sa mémoire et fait connaître celui qui est considéré comme l'un des plus grands poètes russes du début du 20 ème siècle .
Vénus Khoury-Ghata le met, elle aussi , en lumière . Critique ICI
Parle-t-elle ainsi de son exil ?
Abdelkarim Belkassem





