Bibliothèque pour tous
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Au Karnataka, en Inde, la politique du livre veut ramener les ouvrages dans la maison.
La Kannada Book Authority a lancé l’initiative " Manegondu Library ", littéralement " une bibliothèque dans chaque foyer ", avec une cible affichée de 100.000 maisons équipées d’un espace consacré à la lecture.
Il veut enrayer l’érosion du lectorat et des achats de livres en langue kannada, dans un contexte où auteurs et éditeurs signalent un recul de l’attention des jeunes pour la lecture suivie.
Le programme ne se limite pas à un slogan. Il prévoit la constitution de bibliothèques domestiques dans tout l’État, y compris chez des responsables publics et des personnalités du cinéma.
Les responsables locaux de la Kannada Sahitya Parishad ont annoncé un festival de poésie pour enfants et la distribution de livres en kannada comme présents lors de leurs manifestations.
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Plus il y a de livres à domicile, plus la lecture sort du registre de l’événement scolaire pour redevenir une pratique ordinaire, donc un débouché potentiel pour l’édition en langue kannada.
L’initiative s’insère d’ailleurs dans une séquence plus large de soutien au secteur. En janvier, le ministre chargé du Kannada et de la Culture, Shivaraj Tangadagi, a promis un renforcement de l’aide financière à la Kannada Book Authority, en visant notamment les achats groupés destinés à protéger les intérêts des éditeurs.
Il défend la bibliothèque domestique comme levier de lecture publique et comme soutien indirect à la chaîne du livre. "Chaque personne doit cultiver l’amour des livres, car ils constituent le socle du savoir. "
Le gouvernement du Karnataka a supprimé les plafonds de prix qui limitaient depuis des années les acquisitions pour les bibliothèques publiques et a porté de 10 % à 40 % la part des achats guidés par la demande des lecteurs.
Le système précédent empêchait souvent l’entrée de titres très demandés, de meilleures ventes et d’ouvrages de préparation aux concours, en raison de critères rigides sur le format, le prix ou la rémunération à la page.
Le Karnataka réforme l’achat public pour rendre les bibliothèques plus attractives et plus proches des usages réels. Il tente d’élargir la présence physique du livre dans la sphère privée.
Le réseau de lecture publique reste vaste : le département des bibliothèques publiques recense 30 bibliothèques centrales de district, 703 bibliothèques de branche, tandis qu’un programme de modernisation a converti 30 bibliothèques centrales de district, 26 bibliothèques centrales urbaines et 216 bibliothèques de taluk en bibliothèques numériques.
Il reste néanmoins une tension. La bibliothèque à la maison ne remplace ni la bibliothèque publique ni l’école, pas plus qu’elle ne garantit à elle seule de nouveaux achats. Mais elle modifie le cadre et fait du livre un objet visible, accessible, disponible sans déplacement, sans formalité, sans délai.
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Entre les acquisitions publiques réformées, les prix littéraires régionaux, les festivals de poésie pour enfants et l’objectif de 100 000 foyers lecteurs, l’État tente de transformer une préoccupation culturelle en mécanisme de circulation.
Abdelkarim Belkassem
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