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"Amina Zouri , une histoire du Maroc ", Editions ThoT , p. 66-67 lue par Mathilde Burucoa, comédienne de la Compagnie Couverture(s) , au salon de Livarot (Calvados)

 

"Amina Zouri, une histoire du Maroc " Roman  d'Abdelkarim Belkassem 
Editions ThoT -2018

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Amina Zouri ne raconte pas seulement la vie d'une femme , c'est aussi le portrait d'un Maroc dont on parle peu , celui du quotidien d'une famille , pas tout à fait comme les autres depuis les années 1900 à nos jours . C'est une enquête ethnologique et  biographique qui à travers les yeux d'une femme , la mère de l'auteur , retrace l'histoire d'une famille de Chourafa , descendants du prophète .  Lalla Aïcha est la grand-mère d'Amina Zouri. Une femme forte, généreuse et sage . Elle tient une grande importance dans sa tribu.  

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P 76, 77  Lalla Aïcha a fait le choix de quitter  son mari devenu soufi  et de s'éloigner mais elle n'a rien  regretté. La femme de bonne famille, au coeur bon trouvera toujours des bras ouverts pour l'accueillir et la dorloter. D'autant plus si on a la beauté physique de Lalla Aïcha. On aurait dit  Cléopâtre, la reine d'Egypte. Shéhérazad dans les Mille et une nuits. Ses paroles étaient du miel pour l'âme.  On aurait dit  le prophète Joseph dans son pardon à ses frères ou le prophète Ayoub avec sa patience et son acceptation de la  destinée qu'elle soit bonheur ou souffrance... Lalla Aïcha était  tout ça . La lumière du village et des villageois.  Jamais une femme n'avait obtenu autant le respect des femmes avant ni après elle.  Elle était attentive à tous surtout quand ils avaient besoin d'elle, un sauveur. Au moment des mariages et des fêtes, c'était Lalla Aïcha qu'on appelait. Elle venait s'assoir au milieu des vieilles femmes, des jeunes et des enfants et la fête commençait d'un signe de la main. Un plat de couscous vide, des verres de thé, un plateau, une bol d'eau , un morceau de bois, un gamelle vide, tout servait à la  musique et au rythme . Même une pierre vibrait dans les mains de Lalla Aïcha, l'ange du village. Elle faisait chanter et parler les coeurs comme elle faisait résonner les cailloux !
Deux morceaux de bois donnaient le rythme sur un galet ou ses mains sur une porte. Quand elle chantait on retrouvait les traditions, les chants populaires anciens et des poèmes. Certaines histoires étaient racontées pour leur humour. Une imagination unique à laquelle personne ne pouvait  prétendre comme elle. Sa mort fut catastrophique pour les traditions. Elle a enterré avec elle, dans sa tombe, les savoirs des villages d'Abda , la région et les fêtes de son village. Peut-être que les villageois ont volontairement inhumé le bonheur et la joie avec elle. Rien n'était plus comme avant chez eux. Seules les histoires de Lalla Aïcha montraient la fête et rendaient les gens heureux. Son souvenir joyeux est gardé à la mémoire de tous, restés fidèles à cette femme courageuse. Elle était respectée des femmes et des hommes. Personne ne pouvait parler après elle. Quand elle jugeait, son verdict était accepté.  Les hommes eux-mêmes se taisaient. Jamais on n'a  honoré une femme comme elle, ni avant , ni après sa mort . 

Abdelkarim Belkassem

9782849214411